Carver installe la table pliante. Mina apporte les chaises. Igor fournit la provende et le latex. Petit déjeuner dans les ruines de Londres.
Igor, Mina, Carver, sur le toit, terminaient les derniers flacons de vodka malienne. Dans la plaine, les cadavres de dirigeables. Nostalgie.
Rencontrant Mina, le simple d’esprit sourd muet avait écrit sur son ardoise : « je mapel silence é je sui genti ». Coup de cœur immédiat.
Mina décide, sur un coup de tête, de diffuser le fichier nominatif de tous les sales types. Noms, états civils et la liste de leurs crimes.
Les milices pastels occupent la plage Sud. Dans le ciel, les ballons bigarrés filment les alentours. Mina, dans sa Morgan Aero 8, s’éclipse.
Dans son bureau, forcément ovale, l’homme à la tête de chat compte, calcule. Par la baie vitrée, on aperçoit les lueurs de l’aube, les feux.
La chanteuse aphone, la peau diaphane, une main sanglante, s’appelait Mina. Ses musiciens, invisibles, armés, nus, les Minettes. Si logique.
Igor suit du doigt le dessin tatoué sur la clavicule de Mina en psalmodiant une comptine russe magique. Carver roupille sec dans le placard.
Le cimetière d’aéronefs était une perpétuelle source d’émerveillement pour Mina. Carver trouvait ça, au mieux, barbant. Igor filmait tout.
A la grande époque, une manifestation populaire de colère se devait d’être destructrice, sanglante, radicale et complètement inspirante. Si.
Mina défonce le portier, castagne le videur, embrasse la fille du vestiaire et l’entraine sur la piste de danse. Leurs mains se frôlent. Si.
Le mystérieux manager androgyne de Mina et ses Minettes, Carver, hantait le backstage, ses pupilles, énormes, ses amulettes, mortelles. Si.
Igor et Carver entament une grève de la faim. A l’hôtel, Mina commande du champagne puis fait exploser le rez-de-chaussée. Sale ambiance.
Le petit barman, chauve et torse nu, se faisait appeler Igor. Il bondissait, derrière le comptoir, couvert de mousse, complètement hilare.
On racontait le soir autour des poêles nucléaires que Carver avait survécu au premier choc en se construisant un abri avec des minitels. Si.
La sueur brulante qui goutte du plafond aveugle Igor, un instant. Son cœur manque un battement, les basses, énormes, sa main dans la tienne.
Sur la plage, Carver, nu, se perfectionne au maniement du grand arc. Sa barbe se coince encore, parfois, dans la corde. Hurlements et rires.
Les ambassadeurs croquent des amphétamines au breakfast, mâchent de la coca au déjeuner. Le soir, défoncés et nus, ils négocient la guerre.
Un rideau de mystères, de dissimulation entourait les origines du sulfureux patron du Bunker : L’homme à la tête de chat. Gare aux souris !
Mina et Igor, beaucoup de thé, les ruines d’Angkor : ça ne rigole pas. Les délégations sont logées dans de simples tentes.
Assis en tailleur dans le salon crasseux, Igor s’essaie à la neuromancie. Déjà, le correcteur orthographique refuse d’accepter le mot. Dur.
Les filles bronzaient sur le toit du vieux Boeing. Igor ramassait les douilles dans le cockpit. Les Minettes dormaient encore dans la soute.
Les pourparlers se passent surtout dans le bunker des tahitiens. Ailleurs on ne fait que picoler, sec. Les délégués, ivres, se font tatouer.