l’embryon de poulet continuait d’évoluer, le traitement opéré semblait néanmoins avoir désorganisé son système d’orientation et de diffèrenciation, on percevait en l’amplifiant le son de deux coeurs distincts, l’un très lent et très fort qui semblait imperturbable et l’autre plus petit et sujet à de brusques accélérations
Il y a donc le héros : créature inconnue, burlesque et tragique. (Quoique je n’ai pu explorer que le second registre.) Il y a le rapporteur : celui qui espionne faits gestes et pensées du héros. Homme au niveau juste du réel : vivant. Et l’autre, le scribe, l’homme du bureau dont je suis peut-etre le plus proche. Il écrit.Une voix extérieure me coupe à l’instant : » Vos complexités ne sont-t-elles pas exagérées ? » Dois-je répondre à toutes les objections ? Nous sommes inquiets. Et d’ailleurs qui etes-vous ? Les critiques. Les hommes au niveau juste de la raison. Nous nous marrons, c’est tout.
#3 Apparemment, vu de l’extérieur, tout va bien. Il ne vit pas en marge du monde, n’a pas tué son père, paye ses factures. A quatre vingt dix pour cent comme vous et moi. Mais…
Fréquemment, le héros décide de vadrouiller dans Paris pour laisser son regard circuler ; il a remarqué que depuis quelques semaines, il observe avec obstination certaines facades d immeubles en cours de rénovation. Est-ce que cela veut dire quelque chose ? Souvent son attention privilégie aussi des détails insignifiants qui ne produiraient pas de très jolies images. Il apprend ces agencements de choses banales, sans les classer :
femme lisant dans un parc, pigeons en groupes sur grilles d aération, fils électriques emmelés, minuscule tete d enfant émergeant à la surface d une haie, miroir brisé posé contre la porte d un magasin de jouets, poignet en spirale d’une porte vitrée, numéros écrits à la craie sur l asphalte, balai agité par un corps sans sexe apparent, homme allumant une cigarette sous une échelle, graffiti de cinq minuscules soldats sur un mur blanc, enseigne d un hotel dont il manque quatre lettres etc.
Il se dit que s il ordonnait cela, il comprendrait quelque chose ; certes le monde resterait une énigme, mais il pourrait relier ces visions à son imaginaire. Le risque ? Constat que ces regards de choses banales fassent de lui un etre banal ? Et alors ? Et bien ainsi, il le saurait, et pour de bon. (Doit-on lui laisser encore le désir de croire au caché, à l invisible, au symbole, à toutes ces sornettes qui ne font que retarder la sentence qui suit ? Si peu à voir, si peu à vivre, si peu à penser, si peu à attendre.)
Parole vaine du héros #7 Héros car je m’invente sans cesse, je n’ai pas de seuil, je ne contiens aucune essence, aucune rareté, aucune singularité ; héros car cela ne me satisfait pas mais cela me regarde — plus jeune ceux que j’aimais, je souhaitais leur prendre leur ame, leurs pantalons, leurs femmes ; héros, puisque je conçois la vie comme l’invention de soi à chaque fragment de temps insensible aux communs, (betise du temps soi disant partagé !) ; héros, car le désir de construire l’emporte sur le chaos (si séduisant soit-il) ; héros, car j’ai beaucoup de taches à accomplir ; héros, en fin car il faudra qu’au bout du compte cette entreprise touche aussi ceux que ne je connais pas.
Aujourd’hui c’est dimanche et j’ai trouvé ma vocation. Je crois que je vais postuler pour être « Counter-terrorism Analyst » ou « Operations Officer » à la CIA. J’ai passé les premiers tests d’évaluation en ligne et vous me croirez ou pas, j’ai obtenu des « excellent matches ».
La CIA recherche des « independant thinkers, adventurous spirits and passionate professionals » : ça me plaît bien, c’est tout à fait mon genre. Ils offrent des « competitive salaries » et même des « holiday pay », et ça c’est plutôt cool. Un « Operations Officer » du Clandestine Service, par exemple, peut être payé jusqu’à 60 000 $ dès la première année : moi ça me suffit.
Je me vois bien m’installer dans un pavillon avec jardin, garage et chien, tout près de mon boulot, au George Bush Center for Intelligence. Ça se trouve pas loin de Washington, à McLean en Virginie, sur la rive ouest du Potomac – très belle région. Là-bas c’est beau comme un campus ; d’ailleurs ils le disent, c’est une « campus like atmosphere ». Un peu comme à Camden. Il y a tout plein d’options pratiques : deux « fully equipped fitness facilities » et un « jogging track », et même un « child care center », au cas où j’engrosserais une « college student » du « Internship Program ». En plus, c’est une «drug-free workplace» : ça veut dire ce que ça veut dire, non ? (en fait je suis pas sûr ; je suis pas très bon en anglais).
A la CIA, tout le monde a l’air super sympa, ouvert, souriant, dynamique, pluriethnique. En plus ils bossent sur un fond musical hyper rock’n roll, ambiance Tom Cruise dans Mission Impossible. Trop cool. Avec un peu de patience je finirai peut-être comme Anne, une « senior analyst » qui voyage beaucoup et qui accompagne souvent W. Bush à bord d’Air Force One. La classe. Je finirai en vieux beau, les tempes grisonnantes, genre Harrison Ford.
Matin. Se laver les cheveux avec Mixa bébé et sentir à nouveau sur son crâne les doigts de sa maman, voilà une sensation qui ne prête pas beaucoup à rire.
Parole vaine du héros. #52 Tentation de dépassement que l’impatience encourage à se réaliser ; un grand coup de pied au maigre édifice, une insouciance scandaleuse dans l’entrée aux portes du nouveau ; c’est la clef d’une phrase différente ; mais je suis encore au même niveau ; l’illusion d’avoir traversé des épreuves tombe, le pétrin s’ouvre aux éternelles souffrances, je radote, je recommence.
« La place de la Bastille à Paris est le symbole de la révolution. Au centre se trouve une colonne et sur un côté l’opéra Bastille. Le quartier est souvent fréquenté par les jeunes en roller, surtout du côté de l’avenue Daumesnil. Non loin, des bars et des discothèques (notamment le Balajo), se trouvent dans la rue de Lappe. »
– Je te plais ? – Arrêtes, tu n’es rien, oublies moi. – Tes fantasmes, rien ? Tu comptes franchement l’oublier si facilement ? – Ca va déjà être assez dur sans toi… – … et presque impossible grâçe à mon concours. – Polisson philantropique, fous moi la paix ! – Jamais mon laid, jamais.. – Putain que je te hais, masochisme de ma personnalité…
– il ne pose jamais de questions, je ne sait pas ce qu’il en pense. – tu ne sais pas s’il éprouve de la jalousie ? – son attitude signifie clairement que non…
Page improbable du journal du héros (Hiver 2003) Ce soir, désir de retrouver les points sensibles d’une journée réussie . Matinée triste, j’écris à J.P.R. lui fait part de mon ambition d’enseignant en art, structure plus solide que celle ou j’officie maintenant. J’évoque aussi l’écriture, prise entre « acte et reverie. » (Il me semble qu’elle conservera toujours cette double instance.) Déjeuner. Rendez-vous avec M. qui souhaite me montrer son travail photographique. En avance de deux heures, j’en profite, pour la troisième fois, pour aller à l’exposition Roland Barthes, à Beaubourg. Trop de fétiches, de jolis bibelots. A une table d’écoute, des textes favoris du critique sont audibles via un casque, autour de cette table ronde, où en face, une jeune femme se plaint et trouve que la voix du lecteur qui lit un passage du Temps Perdu est affreuse. Je la trouve — elle — adorable. Conversations autour des images de M. Images trop factuelles, factices à mon gout. Je l’encourage cependant. Deux heures de paroles, et de corps séparés. M. avoue sa crainte de la normalité. Je ne l’aime pas, elle ne m’invite pas à la désirer, je suis à l’aise. Fatigues, interruption, entre « acte et reverie. » Lectures : livre 5 des confessions, ainsi que les affinités électives. Je suis à l’aise.
#10 Il pressent un scandale qui l’entoure, mais il ne sait pas le nommer. Dénoncer l’obscurité. Voilà son programme. Dénoncer l’incapacité à désigner le mal. Il avance, légèrement courbé ; je vois traverser l e temps jusqu’au moment où seule la vieillesse le calmera. Cheveux longs sales. Petite maison. Petite nourriture. Petite femme pour le regarder décliner. Voir comment il se meurt depuis le commencement. Je me méfie de toi tous les jours. Le héros fatigué ne tracera pas un point final. Trop fatigué aussi pour se retourner et compter les bravades.
Heureusement, lui n’est absolument pas intéressé. Posseder lui est une contrainte plutot qu’une joie, il a envie de pouvoir tout laisser tomber, du jour au lendemain, pour partir aux antipodes. Ah, l’attrait des horizons lointains, le parfum de l’inconnu, la musique des langages exotiques… Aucun froissement de billets, aucun tintement de pièces n’a autant de valeur à ses yeux.
En passant, en écrivant. Pourquoi, depuis longtemps, écouter Bach me remet dans le droit chemin ? Et oui. Aux dernières nouvelles, le moi serait élastico -hystérique. Arquez-le, placez-y n’importe quoi (un souvenir, une souffrance, un amour) et lancez. Soit il expulsera la chose loin de lui (moi allégé) soit elle lui retombera dessus (moi patatraco -névrotique.) Mauvaise pensée. J’ai trouvé la phrase la plus nulle de l’ignorance de K. « Tout le monde admire sa mère pour sa vitalité » Mais j’ai aussi trouvé la plus belle : « …émue de sa beauté que son corps pleure. » Bonheur. La voix de Glenn Gould qui chante derrière la toccatta. F.B. m’a dit un jour à ce propos : « Il grommelle. » Vanitas. Je me moque de A.C. qui publie son journal de travail (de photographe) en lui rappelant une phrase d’un ami qui le concerne : « A.C. prépare le terrain pour ses futurs biographes. » A.C. rit, un peu vexé, s’en sort victorieux : « Derrida dit justement qu’écrire est indécent ! » SO WHAT ? Bizarre. Nostalgique de la période où je découvrais Proust : Batignolles, automne 1995, souvenirs d’enfance, douce mélancolie. Le vieux Folio élimé sentait la cave où il avait séjourné 20 ans. Téléphone. — D. te trouve suffisant & gueulard. — Je vais l’appeler pour me faire pardonner. Video. C. est une ancienne amoureuse de Turin, venue quelques jours à Paris pour conquérir les galeries. Son énergie l’a transformée en une machine. Plutôt qu’artiste, elle se définit comme stratège et produit davantage qu’elle ne crée. Je me sens alors poussiéreux, pré-moderne. Bach. Le Praeludium en ut mineur BWV 934 me fait penser au cheminement prudent vers un orgasme, lui-même associé à l’éclatement d’une très bonne bouteille de vin blanc. Barthes. » Savoir qu’on n’écrit pas pour l’autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimé de qui j’aime, savoir que l’écriture ne compense rien (…) c’est commencement de l’écriture. » Une telle désespérance ne t’a conduit sous les roues d’une voiture que pour rejoindre les morts. Bach. Agacé parfois par cette méticulosité moqueuse du profane sans méthode que je me surprends à être parfois. Autologie. Invention de soi.
Ce petit caillou que j’ai ramassé Je te le donne En gage d’amitié
Finalement non, un gage c’est trop laid Gageons que nous serons toujours amis Et ce petit caillou Je te le donne comme ça Sans contrepartie Sans garantie Sans le mettre au mont de piété de l’amitié
Les seuls produits de l’arsenal thérapeutique actuel dont, le cas échéant, le patient Témoin de Jéhovah pourrait s’abstenir sont le sang total, les concentrés globulaires, les concentrés plaquettaires, les concentrés leucocytaires ainsi que le plasma. Toutefois, certains Témoins de Jéhovah considèrent, conformément à leur libre choix religieux, que les principes bibliques impliqués n’écartent pas l’utilisation des produits de fractionnement du plasma tels que l’albumine, les immunoglobulines, l’antithrombine et les facteurs de coagulation. De plus, de nombreux Témoins acceptent la transfusion de sang autologue (le sang de la personne elle-même) au cours de procédures telles que l’hémodilution normovolémique et la récupération per- et postopératoire du sang. Ils évitent ainsi de nombreuses maladies transmissibles par le sang, dont certaines sont potentiellement mortelles. Ainsi, à propos des Témoins de Jéhovah, le Commissaire du Gouvernement Patrick Hubert considère qu’il faut se placer sur le seul « terrain des faits et évaluer les risques en tenant compte des individus en présence ».
« Une maison bleue… ? » « Le Dauphiné Libéré » du 12/06/97
Fuyant la banlieue parisienne à la recherche d’un autre mode de vie, installée depuis 15 ans dans les Baronnies, aux fins fonds de la vallée de l’Ouvèze, Frank et Nanou Berthou ont fait la démonstration qu’on pouvait réussir dans une agriculture de montagne alternative. « C’est une maison bleue, adossée à la colline, on ne frappe pas, ceux qui vivent là on jeté la clef… » . Sans doute sommes nous loin de San Francisco et les vieilles pierres de la bergerie sont nullement bleues, mais ceux qui vivent là ont effectivement jeté les clefs des portes qui verrouillent la plupart de nos existences citadines. Les paroles de la chanson de Maxime Leforestier viennent immanquablement à l’esprit de ceux qui rendent visite à Frank et Nanou Berthou dans leur repaire de « La Closonne », au cœur du pays Baronniard.
Leur sueur, leurs muscles et leurs efforts sont réels. Leur virilité est brute et absolue. Leur équipement militaire de combat, leurs uniformes et leurs armes sont authentiques.
#9 Il soupçonne ses réactions dites instinctives de n’être pas spontanées. « Est-ce que je ne simule pas l’enthousiasme quand C. par exemple me téléphone ? » Mais il ne s’en rend pas compte. Peut-on retrouver l’âme véritable ? Il ne veut pas s’y essayer car il a peur de la découvrir noire, pleine de haine et d’indifférence. « Si ça se trouve, la voix de C. impromptue dans une journée consacrée à la méditation solitaire me pèse atrocement ; l’entendre ne provoque aucun amour, pire encore : aucune reconnaissance. Mais je n’accepte cette part de méchanceté. Je dois faire des efforts de bonté». Le héros, comme on le voit, est clivé. Sa tâche : éteindre une à une les fausses paroles, les gestes empruntés. Une bataille au cœur du langage, face aux corps. N’être plus qu’un.
Astrée : moi j’ai détourné deux non bloggeur du droit chemin ca compte double non ? Igor : oui, si tu racontes les scènes de fesse. Astrée : euh… voui ils ont de belles petites fesses.
Et quel futur ? Pour les petits durs Et quel futur ? Entre quatre murs Et quelle société ? Pour les enragés Et quelle société ? Pour les gueules cassées Pour les têtes brulées Pour les agités Pour les Pieds Nickelés ? Quelle société ? Pour les Béruriers Pour les défoncés Pour les détraqués ?
« Personne ne fait de la psychologie par amour : mais plutôt par une envie sadique d’exhiber la nullité de l’autre, en prenant connaissance de son fond intime, en le dépouillant de son auréole de mystère. »