Parfois du haut de mes yeux j’aperçois mes mains et il me semble qu’elles ne sont pas miennes. Un doute alors s’immisce et du coin de l’oeil j’observe le bras puis le torse, les jambes : suis-je bien moi là-dedans ? Ce corps chétif, obscène, est-ce bien le mien ? Il me faut bouger le pouce, remuer le pied pour comprendre que décidément oui, c’est bien moi qui ai pensé ces mouvements.
Vient la déception, la triste prise de conscience : ce corps est bien le mien.
Petite annonce remix Passées les broussailles et les dentelles les murs sorciers de la vieille ville ont recelé notre escapade. La maison de Nostradamus était en ravalement, pas de prédiction ce jour là. Tu as manqué mouiller tes souliers, j’ai pris ta main, tu as passé le gué. Nous avons collecté quelques bricoles en prétexte, j’ai suspendu quelques breloques à tes lobes, caressé ton cou dénudé, respiré ton corps fin. Une église, le parvis, les marches, la nef déserte. Tu as prié quelques minutes. Si touchante à genoux devant Dieu, dans l’ombre j’enviais ce vieux fou, jeune inconscient. Je t’aimerai toujours.
Après quelques gorgées, la culpabilité qui lui avait timidement noué la gorge à son arrivée le quitta pour de bon et ce fut le soulagement, le début de l’abandon. Ses doigts jaunis étreignaient fébrilement un mégot informe. Sa langue pâteuse l’embarrassait, il voulait être ailleurs …
Marilyn Ma chérie Attends-moi ! J’arrive. Tu m’as manqué Toutes ces années J’ai traîné mon ombre le long du canal Sans avoir le courage Jamais eu le courage De venir te retrouver Tu m’as tellement manqué Souris-moi S’il te plait Ca me fait tellement mal quand tu souris Je mourrais pour te voir sourire encore une fois Tu vois ces mots que j’aligne au hasard de mon désespoir Je te les adresse secrètement pour que tu saches que je ne t‘oublie pas Je t‘aime.
Je t’ai tant aimée je t’ai tant désirée je ne vis plus qu’au jour le jour c’est risible bien sûr c’est absurde incroyable on dirait des foutaises mais je ne pense qu’à toi du matin au soir et toute la nuit cette longue nuit qui n’en finit pas car je ne connais pas le repos je t’aime et tu ne quittes pas mes pensées chaque seconde je rêve de toi les yeux ouverts je dors le jour je perds la vie et j’espère sans bruit j’attends en silence paralysé je vois seulement le temps passer mais je ne le sens pas s’écouler pourtant je sais que chaque instant t’éloigne un peu plus de moi chaque jour passé me ronge un peu plus et je ne sais que regretter tout ce temps perdu à n’avoir pas su te dire plus tôt je t’aime encore je t’aime encore je t’aime …
i y a b e c s éc il e t q i m p us e un p u p r out – le m ins di c ète t me dé or s par ois la m itié du vi age – m is j squ’ ci ce n’est pas i dol re à arr cher. C’est tou ours des qu stions et je s is là je ne uis pa fâché, non, non pas la tête, je ne suis pas malh ur ux, je s is bien qu’on me rt partout, très viola ment, et la misère aussi, je sais tout cela, mais quoi ? to t va bi n, je suis t ujo rs moi-même, non ? j’ai un p u moins de cheveux po r te plaire, je l’a mets, et ce ve tre : il y a ce creux, là, dessous les côtes, cette dép ession surp enante, ma s il suffit d’un peu d’ex rcice et c’est comme une lig e qu’on veux garder aha … cette obsee sion mais n n! c’est ta faço de me reg rder ta façon d ne plus me voir, co me si on ne s’étai jamais con us alors que pré isé nt nous ne no s sommes jam is connus, alors po rqu i pe ses-tu le contra re ? tu s is je n’ai pas envie d’e trer dans ton lab rinthe mais … il n’y a pas de lab rinthe, seulement toi, parfois j’ai du mal c’est bi n ce q e tu veux ? ce que tu ve x ? c’est bien ce q e tu ve x ?
«…/ J’entre dans cette nef et j’appelle : ho, ho. L’écho me gratifie aussitôt en stéréophonie de la seule réponse distincte mais décevante dont me juge digne l’Inconnu : ma propre voix, tournant dans ce fatras condamné de palans et de poutrelles. Et je songe à tant d’hommes qui n’ont même pas fini là-dessous de purger quelle peine, puisqu’il faut recommencer ailleurs. Et que peut-être on devrait sauvegarder certains de ces sanctuaires, pour faire comprendre ou pour faire peur, quand on va se croyant seul, à l’abri de la menace, un dimanche, sous le libre ciel. /…»
– Tourgueniev, notre héros Montre-toi si t’es pas une grosse supercherie !! Il paraît que tu te prononces avec un « é », parce que tu aurais des origines gnagnagna … Alors je vais te dire espèce d’emmerdeur : vu l’heure qu’il est ton « é » tu sais où tu peux te le carrer. Avec « ER » à la fin. Et maintenant j’aimerais dormir. … – t’es énervé ou quoi ?! – nan, nan c’est comme ça histoire de pas rester zen tout le temps quoi. Je casse mon image. – ah oué ? ‘tain, t’as de ces idées des fois ! je t’admire, tu sais. – oué, oué, ça va. Allez, bonne nuit.
Un jour Igor Mon père Igor Mon frère M’a pris la main et M’a dit Viens ! Tracer avec nous les voies du Tourguenisme Viens sur ces chemins nouveaux qui naîtront sous nos plumes Au hasard de nos rêves etc …
J’ai dit « Ah ? heu oué ben oué enfin tu crois ? » Il a dit « Oui » J’ai dit « Bon » (je prends des libertés avec la vérité historique, c’est la licence poétique, hein)
Plus que quelques affaires à régler ici. Demain j’embarque et surtout j’en prends pour au moins vingt ans. La prochaine étape de ce cargo c’est dans quinze mois lumière, ensuite c’est le grand saut quantique et à l’escale suivante je ne connaîtrai probablement plus personne de ce monde. C’est l’occasion de recommencer à zéro, non ? Je vais ranger ma cabine.
Tourgueniev ce héros, c’est la preuve écrite que des caleçons bien remplis peuvent aussi contenir des coeur purs. (ça vaut aussi pour les filles, mais c’est déjà écrit)
Maintenant je me rappelle… enfin ce ne sont encore que quelques bribes, mais … Cette nuit, j’ai passé mon costume d’Indien et je suis allé faire un tour dans le métro. J’ai croisé Igor, qui ne m’a pas reconnu car il dormait à moitié et en avait un coup dans le nez. J’ai fait un tour dans les rues. Croisé quelques chattes. Leur ai mis un petit coup dans l’aile. Puis je suis rentré. J’ai bu un bol de lait. J’ai fait ma toilette. Et je crois avoir uriné sur la couette … Me semble-t-il …
« TOURGUENISME, n.m. : Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée ou de son absence. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »
C’est un canal de plus – il n’y a décidément que des canaux sur toute cette planète – au milieu du désert cette fois ; un canal interminable, assoupi entre les dunes, qui courre d’un bout à l’autre de l’horizon, irrémédiablement rectiligne, absolument sans accroc. C’est un canal désert entre le dunes, sous le ciel vert empire de ma drôle de planète. Le ciel est marbré d’auréoles claires, orangées ou bleutées. Pas de nuage. Lumière intense. Chaleur mortelle. Mon radeau dérisoire quitte la berge anonyme pour dériver lentement, porté par aucun courant, soufflé par aucun vent, que le temps qui s’écoule et le porte.
DEBOUT CAMARADES TOURGUENISTES ! Combattons le fléau qui s’abat sur nos frères ! Refusons le culte de la personnalité ! Igor, Nicolaï, réveillez-vous ! Les Tourguenistes ont encore foi en vous. Ne cédez pas au chant trompeur des sirènes de la gloire. Rejoignez la Dissidence, oui, vous-aussi ! Faites votre révolution ! et tels le Phenix, renaissez des cendres du Tourguenisme ! REVOLUCION !
Instant magique où j’espère ton appel, téléphone à la main, doigts croisés, superstitieux comme un enfant amoureux. Instant magique où tout me dit le contraire : tu n’appelleras pas, le moment est passé, je suis fou, qu’espérer d’un appel ? Instant magique où dans ma main le téléphone s’illumine de ton nom, malgré la raison. Tu sais me faire rire, j’entends tes sourires, tu es là tout entière dans mon oreille et dans ma tête.
Je ne sais pas à quoi tu joues. Je t’ai tout dit mais tu as encore peur. Ferme les yeux. Allonge tes jambes sur mes genoux. Donne moi ta main. Je sens ton coeur trembler. Un peu pour moi. Un peu devant l’inconnu. Qu’avons-nous à perdre ? Crois-tu que je ne sache pas tous ceux qui me haïrons ? Crois-tu que j’ignore le le prix de ma trahison ? Crois-tu que je n’aie pas eu le temps de songer à tout cela ?
Je rêve de toi depuis si longtemps que j’ai dû perdre un peu la raison.
Je rêve de toi depuis si longtemps que l’attente m’est devenue presque indolore.
Je survis, en sursis, une éternité dans ton ombre.
Ne t’éloigne pas trop, chacun de tes pas loin de moi resserre l’étau autour de ma poitrine.
Je t’aime à mourir sur la plage devant le soleil couchant.
Mes mots d’amour sont aussi risibles que cela sans doute.
Bientôt il y aura du changement tu sais. Je rassemble mes forces avant la revolucion. Je ne t’ai jamais menti malgré toutes ces années de silence. J’ai trop attendu peut-être. Je me suis endormi quelques temps. Mais aujourd’hui je suis bien en vie devant toi et n’attends plus qu’un mot pour t’emmener.
Voilà j’y suis. Je pense à quoi ? Voilà j’y suis. Je voudrais remplir cet écranpage blanche. Je voudrais j’y suis j’y voilà qu’est-ce que j’y fait comment ? /Pas très abouti/ Je voudrais mes doigts s’égarent dans le fil de tes pensées cheveux tes yeux bleues J’approche. Je souris /ça me plait/ Ton souvenir, des images le souvenir de nous Ton rire s’égarer s’envoler respirer s’élever Des nuages /des clichés:dépasser/ Toi partout sur tous les murs de mes rêveries nostalgiques gris lépreux fânés libidineux définitifs. Un jour toujours ce jour mythique dans le passé ou dans l’avenir ce jour meilleur inaccesible qu’on a vécu quelques secondes quelques minutes Pas plus. J’y crois. Peut-être tu y crois aussi alors ce serait bien tous les deux d’y aller. Qu’attendons-nous ? Retomber en soufflant quel lourdeurdésespoir sans grâce sans finesse sans magie Retomber comme une merde glisser dans l’oubli anonyme des jours énumérés machinalement mécaniquement /c’est pareil/ Toi Quelques ombres quand même Des empreintes Un parfum C’est le tien …
Piano Mal de dos Des arbres dans le dos Du soleil des épines de pin des parfums d’automne Mal de dos Sombrer s’effilocher s’autodévorer Sentir voir douter craindre Sourire Mal de dos Aquarium
Speziell Widmet Igor und Inconnue, das im Nebel gekreuzt wurde Toujours ce canal, ce cher canal. Nos reflets dans ses eaux troubles, nos silhouettes tremblantes, verdâtres, Les cris du métro, son fatras métallique, grisâtre, Toujours ce canal, ce cher vieux canal S’y promener le long, y marcher sans but, les yeux dans les reflets du ciel, Le défilé des façades, cheminées, antennes, Ce cher vieux canal Clapotis, clapotas Il fait gris Il fait froid Les mots se condensent devant ta bouche, tu fais des nuages en parlant Clapotis Je jette un caillou dans l’eau, pour faire bonne mesure Clapotas Je suis ton sillage en t’écoutant Tu me dis que ça suffit comme ça Tu me dis que je ne te prends plus dans mes bras Et caetera Tu me dis que tu as froid Qu’il vaut mieux qu’on arrête là Et puis tu t’en vas Alors PLOUF ! Puisque c’est comme ça.
on s’est assis dans l’herbe et tu as levé la tête vers la grande ceinture d’astéroïde, l’air triste tu m’as dit – je crois qu’on va avoir un bébé – j’ai dit hein ? quoi ? tu plaisantes ? tu as eu un peu peur mais j’étais fou de joie je t’ai invitée a dîner dans le Grand Restaurant antigravité et on a fini la soirée en faisant l’amour comme des fous épuisés on a regardé partir les grands destroyers pour la Zone E, où les combats faisaient rage un jour notre fils commandera un de ces vaisseaux t’ai je dit d’un air prophétique