Méthodes du héros. #8 Il doit avoir le courage d’imaginer sa vie toute entière comme la recherche méthodique des problèmes, avec ce curieux alibi : celui d’etre lavé, comme si plus tard, vieux et lâche, il préparait déjà sa vie dans l’au-delà. Ou bien mourir sainement sans rien avoir négligé ; sans évitement, sans remords, en ayant tordu le cou aux bestioles nuisibles, ayant honoré le ciel s’il fut à un moment honorable, en ayant célébré la terre quand elle fit pousser de belles fleurs ; vivre à tout prix, pense-t-il ; vaste commentaire interminable, poser la question sur la bonne partie du monde, se battre contre tous, et se poser néanmoins comme une personne sage et sereine dont on ne mesure ni la tourmente ni le bonheur à la fleur de ses yeux. (Le programme fait de l’homme un héros, entendons-y des vieux attributs : hardiesse, témérité, persévérance, solitude, etc. Peut-être du ridicule, mais il fait partie de ceux qui sont en train de fonctionner, il marche presque tout seul. Quant aux malentendus, on ne peut pas les éviter.)
Les babils idiots sur le temps qu’il fait, pourquoi pas? L’Idiot dans une lettre pour Aglaïa: « il faisait si beau ce matin que je me suis demandé si vous étiez heureuse »
#34 On n’a jamais fini de remettre le sujet sur le feu. Pour le saisir à point il faudrait inventer un langage nouveau, aussi fulgurant que lui. L’accompagner, ne pas l’arreter. Découper soigneusement chacune des tranches du temps où il s’est exposé.
J’aurais eu envie d’être un loup pour le style un lion pour la force un toucan pour les couleurs
mais je suis une grenouille l’avantage c’est qu’on peut passer dans les conduits pour aller visiter les jeunes filles la nuit et (avec un peu de tchatche pendant qu’elles sont à moitié endormies, on peut tenter de) se faire passer pour le prince charmant
si je me trouve assis ici devant toi c’est pour te parler de notre relation. je pense que je t’aime, que je veux vivre avec toi. tu ne dis rien, tu me souris, dois-je comprendre que ça veut dire oui ? je t’aime. tu es si importante pour moi que je suis d’accord pour accepter tes tours et tes détours même si ça me heurte parfois.
pourquoi pas. je vais te donner une clef qui ouvre le grand placard dans ma chambre mais tu ne devras jamais l’utiliser, sinon tout serait fini, définitivement.
Fumer des Reynolds parce que le paquet coulisse, mais avec la voix de Patrick Eudeline qui fait des interludes, sauf le dimanche, si tu veux aller à Plougastèle, toute cette clique là, putain mes ces mecs là, attends moi j’fais du punk hein, on va faire péter les vitres à la samaritaine, prod’ aux States, il monte en puissance, Julie a tout compris de la poésie contemporaine, Garance vend car garance Dor, Garance Gore, D’habitude il est trop à tailler des pipes à tout le monde, Moi ce qui me réjouis dans cette histoire, Vous proposez vraiment un show, C’est une baltringue t’inquiètes! (Rires)…
– On s’est déjà vu, non ? – Ah bon… euh non je crois pas… – Mais si… – Euh… – Ben si, c’était il y a un quart d’heure environ. Sur le dancefloor, en dansant. On s’est regardé mais on s’est pas parlé. – Ah oui… hi hi, c’est vrai… [petit rire espiègle, regard mutin] – Hum… tu… euh… tu veux boire quelque chose ? – Euh non merci, pas pour l’instant… j’vais retrouver mes amis… à plus tard peut-être ? – Euh ouais c’est ça, à plus tard peut-être.
AUTOLOGIE (Le héros accumule des notes dont il ne sait que faire ; fourre-tout encombrant. Il a décidé maintenant de s’en délester. L’exercice — qu’il appelle pompeusement AUTOLOGIE ressemble donc à cela :)
Bravo. J’ai envoyé ce soir, par texto à des femmes nombreuses éparpillées au bord de la méditerranée : « nuit sans air à Paris ». Triste (C’est tout, trop court, pense-t-elle.) Weil « La grandeur, de nos jours, doit prendre d’autres voies. Elle ne peut d’ailleurs être que solitaire, obscure et sans écho… (or, pas d’art sans écho). » Titres Compléments d’objets.(Ne pas me voler merci.) Diatribes contre une femme ailée.(Me la retrouver, merci.) Mots de passe. L’identité pleure. Atroce. Quand je dis je, j’ai l’impression de recevoir une claque dans la gueule. 10 rue, de Rome. Belle serveuse, belle comme une gravure d’intérieur, sage et décorative. Vérifier plus tard Inanité de ceux qui écrivent, de tout ce qui s’écrit. Difficulté Comment écrire un cri ? Handke. « Il ne percevait rien, cela lui tombait sous les yeux. » Projets. Ecris comme tu penses comme tu vis comme tu veux. Téléphone Une femme parle : » Je ne comprends rien. » Le jeune homme dit : » Je ne t’entends pas. » Bis Si je pouvais parler d’un autre point de vue que le mien, croyez-le, je le ferais. Oui. Tu vois une chose et tu penses à une autre. ? Il n’y a que des défauts. Radio La misère ne te secoue pas assez. Souvenir. « Si tu continues à jouir en moi, tu seras père avant la fin du mois. » Roman Dans le cafouillis d’un carrefour, j’arrivai pour me faire plaquer, jeté du haut d’une histoire, devant une femme plus âgée que moi dont j’avais tout espéré, y compris la mort. Duo. Le suce-suce panique (expression trouvée en buvant un verre d’eau.) Naufrage du non-sens (expression trouvée en pissant.) Drame Toute pensée se produit sous l’autorité absente (ce qui est la pure preuve du pouvoir) de L. Scandale Le séduction et ses immondes banderolles. Drame II Plus j’écrirai, moins j’aurais l’impression d’avoir dit quelque chose. Trio Un homme, une femme, le monde. Après l’inventaire, il ne subsiste que ça Fable Tout est bien qui finit enfin Image. Le string de la maman baissée via Giosue Carducci. Triste. Besoins d’échanges réguliers avec des spirituels estimables. Baudelaire « Et le printemps adorable a perdu son odeur ! »
Pages du héros (à la campagne) Le corbeau vient de me regarder ouvrir à nouveau les paupières, d’un air étrange, j’ai eu l’impression de n’etre pas un homme (aucune méfiance de sa part), ni une proie possible ; si les corbeaux m’ignorent, j’ai déjà gagné quelque chose, mais quoi ? La permission de voir, peut-etre. Je me plais à penser que les alouettes sont d’accord pour que je contemple leur plumage, que le pie vert est enchanté que je sois un auditeur qui apprécie sans culture son hennissement ; il y a les branches méandrines, le coucou qui pourrait folatrer, je ne lui ferai pas de mal, je suis là en ami, sans sciences, je l’ai dit, mais plombé d’idées imprévues. Ce que je vois se double de morts, d’imaginaire. Pourquoi est-ce ainsi ? Et pourquoi surtout résister ? La bombe cosmique est lachée, je l’ai déjà prévenue, et je continue dans un mélange d’angoisse et de bien-etre, et il faut etre fort pour ici faire naitre une tension à partir d’un si paisible paysage.
notre vie est lente il faut l’accélérer notre vie est lente il faut l’accélérer notre vie est lente il faut l’accélérer notre vie est lente il faut l’accélérer
Calliope, la poésie épique; Clio, l’histoire; Euterpe, suceuse de flûtes; Melpomene, la tragédie; Terpsichore, le chant et la danse; Erato, la lyre et la poésie érotique : année 69; Polymnie, pour les hymnes aux dieux; Uranie, l’astronomie; et Thalie, pour la comédie
9 muses mais pas une seule pour la sculpture, pas une, tu imagines?
Le Cinquième Feu fait, une dernière fois, circuler le Sel blanc autor des Granules et le superflu, définitivement, peut être abandonné et jeté par l’artiste. (…) L’Artiste a appliqué les deux dernières touches de Quintessence sur la Pierre, en la laissant bien sécher entre chaque application: de Jaune foncé, celle-ci est passée à l’Orange, et maintenant la voici Rouge, parfaite et pure, et prête à opérer le miracle de la transmutation.
Qu’importe que ce soit léger puisque ça sent le sang et la sueur les yeux qui chavirent c’est un bulldozer, c’est pas délicat c’est pas fait pour les champs de coquelicots les coquelicots nous on les broie on en fait un jus sombre qui pique la langue on joue pas de la flûte dans les vertes prairies au soleil on écoute le Boum-Boum sous nos côtes à la lune on regarde nos cages thoraciques qui volent en miettes
Parole vaine du héros. #52 Tentation de dépassement que l’impatience encourage à se réaliser ; un grand coup de pied au maigre édifice, une insouciance scandaleuse dans l’entrée aux portes du nouveau ; c’est la clef d’une phrase différente ; mais je suis encore au même niveau ; l’illusion d’avoir traversé des épreuves tombe, le pétrin s’ouvre aux éternelles souffrances, je radote, je recommence.
Page improbable du journal du héros (Hiver 2003) Ce soir, désir de retrouver les points sensibles d’une journée réussie . Matinée triste, j’écris à J.P.R. lui fait part de mon ambition d’enseignant en art, structure plus solide que celle ou j’officie maintenant. J’évoque aussi l’écriture, prise entre « acte et reverie. » (Il me semble qu’elle conservera toujours cette double instance.) Déjeuner. Rendez-vous avec M. qui souhaite me montrer son travail photographique. En avance de deux heures, j’en profite, pour la troisième fois, pour aller à l’exposition Roland Barthes, à Beaubourg. Trop de fétiches, de jolis bibelots. A une table d’écoute, des textes favoris du critique sont audibles via un casque, autour de cette table ronde, où en face, une jeune femme se plaint et trouve que la voix du lecteur qui lit un passage du Temps Perdu est affreuse. Je la trouve — elle — adorable. Conversations autour des images de M. Images trop factuelles, factices à mon gout. Je l’encourage cependant. Deux heures de paroles, et de corps séparés. M. avoue sa crainte de la normalité. Je ne l’aime pas, elle ne m’invite pas à la désirer, je suis à l’aise. Fatigues, interruption, entre « acte et reverie. » Lectures : livre 5 des confessions, ainsi que les affinités électives. Je suis à l’aise.
#28 Ne faire son portrait qu’à partir de ce que les autres ont dit (récemment) de lui : faussement humble, minet, play-boy, impatient, petit, tourmenté, ambitieux, cynique, coureur, superficiel, satisfait, à l’aise etc. Et s’ils avaient raison ? Bigre ! Ce sont les yeux et les mots des autres qui me font ? Salauds ! Cela ne se passera pas comme ainsi ! ».
Après-midi. Suites. Recyclés Quand j’étudiais à Arles, Jacques Serena (écrivain de l’écurie Minuit,) m’a dit qu’il copiait sans vergogne des phrases entières d’autres livres, avec la fierté absurde d’une femme qui se vanterait de tromper son mari. (Quoi que Louis-René des Forêts l’aie fait aussi, mais ce ne sont que des citations involontaires.) Après-coup. Ce qu’il a retenu d’une lecture à la surface de Nietzsche, hier soir, entre 00h05 et 1h07 : (Mots qu’il lui envie beaucoup :) « Les amis de la vie. » « Les êtres manqués. » « Développe toutes tes facultés — cela signifie développe l’anarchie ! Péris. » Portrait. Se comporte dans les livres comme dans la vie : en espion, il attend son heure. Programme. Reprise d’un texte. RDV avec A. (au soleil, malgrè le vent frais.) Tri des images récemment faites. Gênes : Les soi disants cultivés Les médiocres complaisants. Lecture. Valeria Piazza : « Le journal est ainsi par essence le lieu dans lequel l’appropriation de soi se rend chaque fois potentielle et pourtant impossible. » Mail F.Y J. (écrivain exilé à N.Y) : » Bon courage aussi pour vos cours de photo et vos différentes activités liées à cela. C’est toujours difficile, en effet, et cela a représenté l’une de mes principales épreuves, de délaisser ou mettre entre parenthèses la vie quotidienne, professionnelle, pour écrire, lorsque l’impératif survient. Il y faut bien de la persévérance. Mon livre en cours avance cahin-caha, mais sa masse de brouillons me contraint à ne pas renoncer. Je cite souvent cette phrase de Pavel Filonov, que je vous ai peut-être déjà recopiée : « Lorsqu’on éprouve de la difficulté à faire quelque chose, il faut continuer : c’est en trouvant la solution qu’on fait vraiment qq chose de nouveau. »
Je l’ai encore dans la tête Je n’ai plus de libido Je suis à moitié dépressif et tout à fait torturé Je passe mon temps à bosser et à boire Es-tu prête à supporter un tel supplice ?
Quadrophenia: n. personality split into four separate facets: advanced state of schizophrenia; twice the normal accepted medical condition; inability to control which facet is foremost at any one time. Quadrophenic: adj. extremely volatile state of mind; a condition of today.
« L’homme est un animal, il est né comme ça. Il est pourri dès la naissance. C’est un animal condamné et très subtil à la fois. C’est un vice de naissance. Qu’est ce que l’histoire ? La démonstration de l’inhumanité de l’homme. Quelque chose d’impur, de méprisable. Je crois que c’est sans remède. »
#38 (En témoin de la vie sordide, intérieur-jour.) Comment soulager l’énervement ? Ecrire multiplie la haine. Partir serait mieux mais il a rendez-vous avec une femme, alors il faut subir ces vieux cons alignés comme des bocks le long du zinc. La jeune fille : « Vous m’en voulez ? » — Absolument ! — Qu’avez-vous fait en m’attendant ? — Des projets de meurtres ! — Sortons s’il vous plait. — Bien entendu. Il faut imaginer le héros s’en allant, la femme à son bras vers une nouvelle aventure.
Continuité 1.Et ce n’était finalement que le jeu (stérile ?) d’un entretien sans interlocuteur ; Invention de l’autre, méprise de soi. 2.Il avait poussé la curiosité jusqu’à ouvrir le dernier roman de M.K. peur qu’il ne soit pas à la hauteur des livres adorés quand il avait dix huit ans ; la difficulté du retour, ce fut aussi la sienne, retrouver un espace littéraire, inchangé. 3. Curiosité comme dévoilement, fuite et recherche de l’image juste. 4. Il irait à Prague pour s’acheter un tee-shirt avec Kafka dessiné dessus. 5. Curieux des autres, de lui-même, aussi.
Fondamentalement, j’aimerai retrouver mon animalité ; elle me fait défaut pour agir ; objet construit, je ne puis profiter de l’instant présent. Mon masque social agit comme une membrane imperméable, empêchant l’aération de mes blessures émotionnelles, et favorisant la culture d’un mal être anaérobique, une ulcération intérieure qui précède une inévitable nécrose. Je crois que c’est sans remède.